Feuille de route

Bruxelles-midi. Une gare un dimanche matin. Le train est à 10h36. Largement le temps d’acheter cigarettes et pralines. Tranquillement.

Il est 10h21. Étrangement, il n’y a pas encore de train sur le quai. Ni d’affichage. Angoisse. Vérification faite le départ était à 10h20. C’est l’arrivée à Roissy qui est à trente-six, 11h36. Inversion des minutes.

Gagner Charles de Gaulle avant la fermeture de l’enregistrement. Pas de train. Reste le taxi. Le premier de la file est prêt à faire la course pour 400 euros. 300 ? D’accord pour 350. 10h30, on part. Surprise, sur l’autoroute, on plafonne à 110.

« Dites, pourquoi vous n’allez pas plus vite ? J’ai un avion dans 3h à Paris !

- Ah, mais le véhicule est vieux. Au-delà de 110 il tremble… et j’ai un problème de carburateur. »

Bien. Lisons le journal.

 

12h30, on approche de Charles de Gaulle.

« Monsieur, on va avoir un problème.

- Ah bon ?

- Il n’y a plus d’essence.

- Quoi ?

- C’est une vieille voiture. Il y a même un starter. Elle consomme.

- Bon, mais ce n’est pas grave, on va s’arrêter pour prendre de l’essence. Il y a des stations partout ici.

- Ok mais ça fait cinquante kilomètres que le voyant est allumé !

- Mais il fallait en prendre avant !

- Oui je sais, mais on est pressé. J’ai pas voulu m’arrêter.

- C’est une blague ? Ecoutez c’est simple. Si j’ai pas mon avion, je ne vous paie pas et vous me ramenez à Bruxelles. »

 

Les kilomètres passent. Les minutes aussi. Enfin une station. On fait le plein.

 

12h50 Charles de Gaule en vue.

« Aérogare 1 ou aérogare 2 ?

- Je ne sais pas. C’est écrit terminal 1 sur le billet.

- On fait comment?

- … Prenez aérogare 1, on verra bien. »

 

C’est gagné, le terminal 1 est bien dans l’aérogare 1. On y est. Mais c’est fou le nombre de voitures et de taxis au départ. Impossible de doubler.

« Bon, je crois qu’il faut que j’y aille à pied »

On descend. Un agent de police arrive.

« Messieurs, il est interdit de sortir des véhicules ici. Merci de remonter et d’attendre.

- Mais Madame, je vais louper mon avion !

- Ah ! mais vous n’êtes pas aux départs mais aux arrivées. Les départs, c’est en bas. Remontez dans le véhicule.»

Les départs en bas ! L’inverse de Zaventem !

En voiture, on fait le tour, ici! « Départs ». Ma valise, vite.

 

Bon, où c’est ? Le terminal 1 est circulaire ! On tourne, on tourne. Ah, enfin, Afriqiyah ! Complètement de l’autre côté de l’entrée…

« Bonjour, l’enregistrement pour Tripoli est-il encore ouvert ?

- Oui, oui. Encore 2 minutes. »

 

Ouf. Une pause. Un café, et payer ce taxi. Il a gagné sa journée. « Bon voyage ! »

Passage de la douane. Contrôles de sécurité. Il y a du monde. Et personne n’avance. 13h05. L’avion part à 13h45. Embarquement terminé dans 10 minutes. Personne n’avance. Ah, des explications : personne ne passe, alerte à la bombe !

« Allô, Bob. Oui, je suis dans l’aéroport. Mais je ne peux pas passer la sécurité. Il y a une alerte à la Bombe. C’est fermé. Tu peux voir si l’avion peut être retenu ? »

Oui, c’est possible. Il y a plusieurs passagers dans le même cas. Tous les avions attendent les retardataires.

14h05. « Bonjour, bienvenu, … Deuxième rang ». Que c’est bon de s’asseoir sur le cuir vert des sièges Afriqyiah.

 

Fin de journée. Une lumière de gris et de sable dehors. Eclairage aux néons à l’intérieur. Une grande salle basse de plafond, climatisée, sans fenêtre. Des télés à fond. Des bières, mais sans alcool. Bienvenu à Tripoli.

Attendre.

Une annonce. Embarquement pour Bangui ! Contrôle de sécurité. On descend au pied de l’avion. Un Airbus. Qu’il fait chaud là-dedans ! On attend. Melissa et Dick sont à l’arrière. Il y fait encore plus chaud. Pas de clim’. Un sauna.

 

« Pourquoi est-ce qu’il y a un gars qui tape au marteau à l’extrémité de l’aile ?

C’est peut-être un problème de lumière ?

- T’es sûr ? T’as vu comment il tape ? »

 

On sue. « Tiens, maintenant c’est le commandant de bord qui va voir l’aile ! » On attend. On regarde. On transpire. Il revient et annonce : « Mesdames, messieurs, comme vous avez pu le constater nous avons un problème de climatisation. Nous allons descendre pour partir avec un autre avion. »

 

On sort. Il fait bon dehors. Il fait nuit. Les centrafricains ne sont pas contents. Oui, il va falloir repasser le contrôle de sécurité et rouvrir les bagages à main si besoin. Retour dans la salle d’attente. Bière en main. Afriqiyah offre un sandwich. Trop petit au goût des centrafricains…

 

L’avion est prêt. Passage aux contrôles. On nous fait monter dans un bus. Tour de l’aéroport. On devine des carcasses abandonnées, des petites, des moyennes, des Tupolev. Notre airbus est prêt, climatisé. 2 heures de retard.

Nous sommes en Business. Mais classe Afriq’. Beaucoup moins confort qu’en Europe. Pas moyen de dormir. Seule l’équipe de pilotage du retour dort. Vivement l’arrivée.

 

L’avion descend. Encore 30 minutes. On traverse les nuages. Mais pas de ville en vue. Bangui est noire la nuit. Seulement quelques flammes de lampes tempête, deci delà. Atterrissage. On se lève.

29°. Tout le monde attend le bus au pied de l’avion. Un bus tout neuf qui va faire 163 m pour nous déposer devant le petit aérogare des années soixante. Il n'y a qu'un avion. Il est 3h, lundi matin.

 

Bart nous attend dans le petit hall. Murs blancs. Comptoirs en bois. On remplit les papiers, on lui confie nos passeports et il nous emmène avec lui. On le suit à travers des couloirs étroits, gauche, gauche, droite, gauche, dehors, une porte : le petit salon VIP. Moquette rouge et écrans plats. Clim’. Il est 3h15. Télé. Du monde affalé sur les canapés dans l’attente du départ avec notre avion. C’est long.

Bart revient.

« Bon, pour Madame Melissa, il n’y a pas de problème. Pour Monsieur Dick, il n’y avait pas de bagage en soute donc pas de problème. Par contre, pour vous deux, les bagages ne sont pas arrivés.

- Ah. Décidemment.

- Il va falloir remplir une déclaration pour qu’ils retrouvent les bagages.

- Mais on les aura quand ?

- Pas avant le retour de l’avion, mercredi soir. »

 

Quelques couloirs plus tard, un tout petit bureau. Une dame avec un badge s’active. Il y a foule pour faire la déclaration de perte. Afriqiyah a sûrement égaré la moitié des bagages entre les deux avions à Tripoli. Certains s’énervent. Il est 3h30. On attend notre tour, calmement. Grondement. Notre avion repart déjà.

 

La déclaration est faite. L’aéroport s’est vidé. Des petits porteurs espèrent encore gagner quelques centaines de francs. Désolé, mais on n’a plus de bagages. On monte dans le 4x4 de la Délégation. Direction centre ville, entre les nids de poules. Pas d’éclairage. Tête lourde. On ouvre les fenêtres. L’air fait du bien.

 

Le rond point du PK 0 est occupé à moitié par des sièges vides et un écran géant, éteint, installé pour suivre la coupe du monde de foot. Sponsorisé par Coca et la brasserie Mocaf. On prend à droite. Une rue déserte. Noire. La chaussée en latérite est défoncée. Le 4x4 avance au pas. Voici l’hôtel du Centre. Tout date des années 60 : l’architecture, les peintures, le mobilier, les baignoires... Il est 4h. Il y a de la lumière à l’intérieur. Mais personne. Attendre. Le générateur ronronne à plein régime. « Bonsoir ». Bonne surprise, nos chambres sont prêtes. Ecrire son numéro de passeport. On récupère les clefs.

« Besoin d’aide ?

- Non merci, ça ira, on n’est pas très chargé ».

On verra demain pour s’habiller. Vérifions d’abord si les draps sont propres et s’il y a du papier.

« On se lève à quelle heure demain ?

- Bah, on commence à 9h.

- Ouch ! P'tit déj’ au Grand Café à 8h ? »

 

Juin 2010

 

Épilogue :

Le lendemain, il aura fallu trouver un costume, des rasoirs, des chemises 100% nylon … oser la piscine de l’hôtel et négocier un accord FLEGT. Le mercredi, les bagages étaient bien là, prêts à être récupérés avant d’embarquer trente minutes plus tard pour Tripoli.

 

Bonus centrafricain :

Le jeudi soir, Bob revient avec Kenya Airways en passant par Nairobi. Sa valise récupérée la veille à Bangui sera à nouveau perdue et n’arrivera que deux jours plus tard.

3 Commentaires 17.5.11 22:04, Commenter

Grise mine

 

Grise mine.

 

 

 

Nous sommes mineurs,

grisés par l’horizon des plans de carrière

de quelques majors.

 

Des trimestres à creuser

son trou.

 

A courir sur tous les fronts

pour épater la galerie.

 

A se tailler les veines

en broyant du noir.

 

Et se retrouver sur le carreau,

minés par le souffle court

du cotisant.

 

Un jour,

prendre sa retraite

pour gagner …

la lumière.

 

Et nos colombes,

et nos colombes.

 

Avant la fosse.

 

 

 

 

25 décembre 2007

3 Commentaires 9.12.10 23:04, Commenter

Larme à l'oeil

 

 

Ferme la porte

Pose les clés

Pose mon corps

Bois un verre d’eau

L’appart est creux

Quitte la pièce

Un enfant crie

à l’extérieur

 

Je sens l’espace

innocupé

Quand j’aperçois

son pyjama

Bout de velours

doux sous les doigts

Ce rien du tout

me pelotonne

 

Bras écartés

la bouche ouverte

doigts boudinés

petit bedon

son ronflement

Tout est tranquille

La vie résonne

et je m’étonne

 

Petit fiston

est mon grigri

Il me chatouille

me fait sourire

du saut du lit

au pied du lit

Me fait grogner

s’il me réveille

avec ses pieds

sur mes oreilles

 

Petit fiston

est mon grigri

Un facétieux

gastéropode

qui me met les

nerfs en peluche

Bilou surprise

chaque matin

Rien qu’y penser

Est un câlin

1 Commentaire 25.5.10 23:15, Commenter

Devinette

Tout le monde est allé en forêt. Mais tout le monde n'a pas mangé les bourgeons d'un hêtre ou d'un douglas ...

Alors, avez-vous déjà mangé ... de l'arbre ?

Si, si, j'en suis sûr.

4 Commentaires 22.8.09 15:58, Commenter

PUB

allez faire un tour chez :

Monsieur Moyen, le court métrage

les pingouins

lapin, "a la saint ..."

22.8.09 15:55, Commenter

Note de service

Alors que je suis pratiquement la seule sur ce blog et que j'avais un problème pour accéder au menu de Skiso, j'ai pris sur moi de supprimer l'entête personnalisée de Skiso qui apparaissait en dessous de l'image d'entête dite du "train rouge" et qui m'empéchait donc d'avoir accès au menu. Donc voilà vous avez le coupable.

Eiphos

26.6.09 14:12, Commenter

Enfants

Et dire que nous nous faisons spamer alors que ce n'est franchement pas l'activité qui déborde de ce blog. Sur une note que je n'ai toujours pas compris d'ailleurs, écrite sans doute par poète inspiré, plus sûrement par un ivrogne déconfit.

 

Le débat de ce jour consiste en la recherche de la cause, du coupable. C'est de nos jours devenu obligatoire.

 

Coupable de ce spam ? non. De cette note spamée ? non.

 

De cette inactivité latente mais persistante. Qui nous met dans l'attente de la persistance... de ce blog.

26.6.09 11:04, Commenter